The Dead

Si on doit bien constater un certain manque d’originalité dans beaucoup de films de zombies, c’est bien la monotonie fulgurante des lieux dans lesquels l’action se déroule. Souvent en huis-clos pendant une bonne partie du film, et régulièrement au pays de l’oncle Sam, les films du genre sont toujours axés sur une survie en milieu urbain avec des armureries à tous les coins de rue, des bases militaires sauvagement gardées et des pom-pom girl effrayées. The Dead quant à lui a le mérite de nous plonger dans un autre
univers, et nous donner un goût nouveau dans la bouche. L’action se passe donc au Burkina Faso et au Ghana, et nous fait visiter des déserts, des villages lointains et des sites magnifiques. Rarement un film de zombie aura été tourné dans un environnement aussi ouvert. Comme nous l’a confié d’ailleurs le producteur du film, Amir S Moallemi, leur choix s’est porté sur l’Afrique pour cette immensité. De tels paysages offrent peu d’endroits pour se cacher et confrontent en permanence les personnages à la mort.
En soi, le scenario n’est pas transcendant, c’est un classique road trip en territoire infecté avec son lot de défonçage de zombie, de doutes, d’angoisse et de bains de sang. Qualifiez le donc de “classique” et c’est bien dommage. Jugez plutôt ; tout commence avec le crash d’un avion militaire américain. Le Lieutenant Brian Murphy (ça ne s’invente pas), ingénieur de l’enfer capable de transformer un grille-pain en radio à haute fréquence, échoue avec ses camarades sur une plage africaine. Horreur, malheur, des zombies sortent de nulle part et dévorent ses équipiers. Sorti seul survivant du massacre, il n’a alors plus qu’une idée en tête, se barrer au plus vite en trouvant un nouvel avion. Très vite, il se rendra compte que le pays part en cacahouète et que personne ne viendra le sauver… A partir de là commence une longue course à travers le pays pour tenter de rejoindre une base militaire d’où il pourrait s’envoler pour rejoindre sa petite famille. Il croisera sur son chemin son alter-ego africain, Daniel Dembelé, militaire et père de famille qui recherche son garçon. Les deux hommes se tiennent compagnie et apprennent à se connaitre tout le long de leur périple.
Fort de développer une relation d’amitié entre les deux personnages, le film The Dead porte indéniablement une réflexion sur les difficultés du continent Africain. Ces zombies et les villages visités rappellent malheureusement avec une similitude troublante les problèmes d’épidémies, de famines ou de guerres civiles dont sont victimes les populations locales. Et comme dans la vraie vie, les occidentaux ont tôt fait de laisser tomber leur exploitation aux premières alarmes, laissant les populations livrées à leur sort. Les Africains se font donc justice tous seuls en faisant des chasses aux zombies dans la savane, et en sauvant les éventuels survivants (à condition de pas avoir été mordus, auquel cas, on gagne une balle dans la tête gratuite). Les scènes dans lesquelles apparaissent ces commandos africains rappellent un peu ces brigades armées qui dévastent les pays en Afrique. Les cibles changent, mais les lunettes de soleil type aviateur trônent toujours fièrement sur le nez des chefs, vive le folklore !
Notons que l’équipe de tournage a voulu, dans ce sens aider les populations qu’elle croisait, en leur fournissant matériel et vivres (voir notre Interview)
La réalisation quant à elle est pour moi le point culminant de ce film, avec Howard J. Ford aux commandes, et Jon Ford à la photographie (Ford Brothers Film). Ces deux charismatiques et talentueux lascars arrivent à nous immerger assez rapidement et avec succès dans l’enfer d’une épidémie zombie au fin fond de l’Afrique. Même si on peut trouver certains passages longs et trop silencieux, on apprécie quand même des instants d’angoisse dans le noir, qui se finissent dans un sursaut ou dans une montée de stress dûe à un zombie qui rampe lentement mais surement vers nos héros. Les plans utilisent à la perfection les grandes étendues africaines avec des positions de caméra bien sentis, nous faisant ressentir une certaine note de désespoir où l’on se dit “Un désert… plus d’eau… et merde !”. Non franchement, The Dead est un très bon film indépendant qui préfère laisser la place à l’angoisse qu’à l’action. Ne vous attendez donc pas au même rythme qu’un 28 jours plus tard !
Coté zombie (puisque c’est bien de cela dont on parle hein ?), le choix s’est porté sur du classique marcheur, très très lent, tenace et efficace ! On met de coté le zombie sprinteur de Danny Boyle, et on laisse place à un zombie Romeresque tout ce qu’il y a de plus primaire… il marche… et il marche… il vous fixe avec son regard vide et vitreux… et continue de marcher… jusqu’au moment ou arrivé sur vous, il ne vous lâche que quand il a fini de vous manger. Par ailleurs, les effets visuels réalisés par Dan Rickard (réalisateur du très prometteur Darkest Day dont nous vous avions déjà parlé), et le maquillage de Max Van de Banks sont très reussi et cohérents ; lors de la première on retiendra les tonnerres d’applaudissements pour les quelques mises à morts réalistes que nous ont offerts l’équipe.
Les acteurs, eux, remplissent parfaitement leur mission, du simple figurant bénévole au protagoniste. Le personnage principal est joué par Rob Freeman que vous auriez pu voir dans des épisodes de Dark Angel, X Files, Smallville et autres séries américaines. Il réussit avec brio à nous montrer un homme perdu, paniqué et anxieux. Et on peut dire qu’il a vraiment du mérite, ayant contracté la malaria lors du tournage !
Le second rôle Daniel Dembelé est incarné par Prince David Osei,
une star montante du cinéma africain que vous auriez pu découvrir que si vous regardez la TV d’Afrique Occidentale ! C’est en effet sa première performance sur un tel projet et il nous a confié “espérer que ce film marquera un grand tournant dans sa carrière“. Personnellement, j’ai été convaincu par sa performance, et je lui souhaite que ça marche pour lui. Et puis, c’est un sacré gaillard, et les demoiselles (ou les damoiseaux, pourquoi pas ?) trop in love apprécieront tout particulièrement la scène où ils découvrent un puit d’eau fraiche… hmmmm…
Pour conclure, nous pouvons que recommander ce The Dead. L’originalité du lieu de tournage, la réalisation et l’intensité durant tout le film font honneur aux productions indépendantes de film de zombie qui manquent cruellement de fraîcheur ces temps-ci. De plus, sachant les difficultés auxquelles l’équipe a été confrontée, on peut dire que les Britanniques Jon et Howard Ford nous offrent une belle surprise. Pour l’instant malheureusement, aucune distribution dans les salles françaises n’est prévue et la sortie DVD devrait arriver que d’ici quelques mois, avant tout en Angleterre. Nous leur souhaitons tout de même un large succès, surtout qu’ils nous ont confié en secret plancher éventuellement sur une suite…
Pour plus d’info, vous pouvez vous rendre sur le site officiel du film ou consulter nos différentes news sur The Dead.




1 commentaire
Vraiment hâte de voir le film. Très bonne chronique Mika.
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