Walking Dead – Saison 1
Difficile de passer à coté de la série Walking Dead tant cette adaptation du comic de Robert Kirkman a fait du bruit depuis ces six derniers mois. Bien que nous soyons de gros amateurs du comic, nous n’avions néanmoins jamais écrit dessus. Nous en profiterons donc pour faire d’une pierre deux coups.
Walking Dead est donc à l’origine un comic américain en noir et blanc à publication mensuelle, créé en 2003 par Robert Kirkman et avec à ce jour 80 numéros au compteur.
Les 6 premiers numéros étaient dessinés par Tony Moore remplacé ensuite par Charlie Adlard, toujours aux manettes aujourd’hui. Le comic fait l’objet d’une traduction en français par la maison d’édition Delcourt avec des sorties régulières tous les trimestres environ.
Le comic est axé sur un personnage central, Rick Grimes, flic d’une petite ville de province dans le Kentucky. Suite à une fusillade ce dernier se retrouve plongé dans un coma pendant plusieurs semaines. Entre temps le monde s’écroule et les zombies prennent le dessus sur les vivants. Copié-collé sur l’ouverture du film 28 Jours Plus Tard de Danny Boyle, l’introduction du comic nous montre le réveil de Rick dans un hôpital dévasté et abandonné. Réalisant que tout ce qu’il connaissait à disparu, il part à la recherche de sa femme Lori et de son jeune fils Carl.
80 numéros plus tard et près d’une année après cette scène, les protagonistes du comic continuent leur route dans ce grand nulle part, ballotés entre attaques de zombies, craquages internes et rencontres avec d’autres survivants peu amicaux.
A l’instar de son introduction, les premiers numéros du comic ne proposent pas grand-chose de nouveau par rapport à tous les films traitant du sujet. En effet, il faut attendre quelques numéros pour découvrir toute la puissance du comic. Là où les scénarios habituels des films s’arrêtent, le comic, lui, continue.
S’installe alors la survie où les zombies deviennent une composante à prendre en compte, certes moteur du chaos, mais avant tout secondaires. L’attention principale du récit est focalisée sur l’adaptation des survivants à leur nouvel environnement. Forcément, certains regrettent déjà leur vie d’avant ou refusent de l’oublier. D’autres au contraire saisissent tout de suite cette nouvelle redistribution des cartes et prennent naturellement leur place dans ce nouveau monde. Au final, chacun selon son caractère et ses convictions laisse une plus ou moins grande part d’humanité sur le bord de la route.
Sept ans après sa création, le comic Walking Dead s’est imposé comme une référence dans la culture zombie. Proposant un récit sans fin, Kirkman nous fait vivre mensuellement notre petit moment de survie apocalyptique. Néanmoins, ce succès est dû avant tout à un scénario s’appuyant le plus possible sur le réalisme des situations et la psychologie des survivants. Une des conséquences de ce réalisme est la présence d’un sentiment d’insécurité permanente, Kirkman n’hésitant pas à malmener, voir à sacrifier, ses personnages secondaires ou principaux.
Du coup, devant un tel travail, tous les amateurs du comic ont un jour rêvé de voir porter à l’écran les aventures de Rick Grimes et sa troupe.
Nos vÅ“ux furent exaucés par l’annonce en août 2009 de l’acquisition, par la chaine câblée AMC, des droits d’adaptation du comic. Au fil des mois nous apprenions alors que la réalisation était confiée à Frank Darabont pour une première saison de six épisodes. S’en sont suivis les premiers échos du script, la constitution du casting, les premiers jours de tournage, les premières photos au cÅ“ur d’Atlanta et enfin le premier trailer lors de la Comic Con de San Diego l’été dernier.
Le 31 octobre 2010, jour d’Halloween, AMC diffuse le premier épisode et explose tous ses records d’audience ; la série Walking Dead est lancée.
Bien que nous ayons suivi chaque semaine la diffusion de chacun des épisodes, nous ne pouvions donner un avis tant que la première saison n’était pas terminée. C’est chose faite aujourd’hui.
On ne va pas se le cacher, une fois l’heureuse surprise d’apprendre qu’une adaptation allait se faire, le doute est rapidement venu assombrir nos doux rêves. Comment adapter ce comic ? Allons-nous avoir un copié-collé, quasi impossible et surtout très soporifique pour les lecteurs du comic ? AMC allait-il permettre à Darabont de mettre en scène les passages les plus hardcores de Kirkman ? Darabont allait-il respecter et conserver le travail de Kirkman ?
Le trailer allait nous fournir nos premières réponses. On y découvre les premiers écarts avec le comic, des acteurs peu convaincants et une réalisation étrangement cheap.
Le premier épisode ajoute à ça un rythme mou, beaucoup d’émotions artificielles et des incohérences grossières qui font craindre le pire pour la suite.
Les trois épisodes suivants redonnent de l’espoir grâce à des scènes assez gores, plus de tension, l’apparition de la psychologie et un rythme plus soutenu, mais les deux derniers épisodes ruineront définitivement cette première saison.
La conclusion est sans appel, cette première saison est une véritable déception pour les amateurs du comic. Analysons ça de plus prés.
Commençons par ce qui fâche le moins, la réalisation. Globalement les décors tiennent la route, notamment pour les scènes à Atlanta. On y découvre des rues abandonnées aux zombies où gisent des carcasses de véhicules et des cadavres, impressionnant.
Les maquillages sont aussi de qualité, en atteste le travail sur la femme zombie du premier épisode qui se traine sur la pelouse. Néanmoins, on notera que la qualité manque de constance, surtout pour les scènes avec de nombreux zombies. Certains figurants passent devant la caméra avec à peine un peu de fond de teint bleu-vert.
On critiquera l’ajout d’effets spéciaux sans intérêts comme des cascades en voiture ou des explosions, surtout que leur qualité laisse à désirer.
Au niveau du casting, ce n’est pas la panacée non plus. La palme d’or étant décernée à Sarah Wayne Callies, jouant Lori, pour s’être attirée l’antipathie de tous les spectateurs dès la première seconde. Pour le reste du casting, bien que peu convaincants aux premiers abords, on finit par accepter et à passer outre, un peu par dépit.
Darabont livre neanmoins une réalisation correcte qui permet au spectateur de s’imprégner convenablement de l’univers apocalyptique de Kirkman. C’était sans compter sur le scenario…
Comme l’on pouvait le craindre lors de l’annonce du projet, le cÅ“ur du problème allait être de fournir une adaptation différente tout en restant fidèle au comic. Confirmant ce postulat, Darabont conserve une structure proche du comic (personnages centraux et grande ligne du scénario) qu’il habille avec des éléments complètements nouveaux. Ce choix intelligent permet aux lecteurs du comic d’avoir des surprises et surtout évite de se retrouver dans des impasses au niveau de la réalisation.
Darabont intègre donc de nouveaux personnages, de nouveaux lieux et de nouvelles intrigues. Aux premiers abords ces nouveautés passent plutôt bien. Ainsi, les nouveaux personnages sont globalement intéressants et on sent que certains vont rester dans la série. Les nouveaux événements scénaristiques sont par contre plus discutables. Le problème étant que l’on touche ici aux réactions des survivants et à leurs conditions de survie. Remettant en cause ces points, certains ajouts deviennent alors complètement incompréhensibles. On ressent alors de manière claire que le scenario doit passer des checkpoints. Entre deux passages obligés, les scénaristes comblent un peu n’importe comment en oubliant par exemple qu’un groupe de survivants ne laisseraient surement pas derrière eux des caisses entières d’armes ou un abri sécurisé. Il en ressort aussi une vacuité complète de ces histoires secondaires qui finissent par lasser puisqu’elles restent inexploitées. Sans compter quand le développement de ces histoires secondaires devient par ailleurs ridicule.
Dans le même genre, plusieurs détails choquent l’œil du spectateur averti. Par exemple, les zombies marchent lentement et sont incapables d’attraper un survivant qui passe à coté d’eux alors qu’à la scène suivante ils courent, utilisent des objets, montent aux échelles et escaladent des grillages. Les personnages font des fois attention au bruit afin de ne pas attirer de zombies puis oublient cette règle élémentaire de sécurité, néanmoins sans aucune conséquence pour eux. Enfin, leurs véhicules tombent en panne quand ça arrange les scénaristes, mais comme le groupe ne peut pas rester immobilisé, tout remarche miraculeusement au plan suivant.
Cette accumulation d’incohérences conduit le spectateur à décrocher totalement de l’histoire, laissant alors un terrain vierge à l’agacement ou à la dérision pour les plus enthousiastes.
Pour ternir définitivement le tableau, il ne faudra pas compter sur le rythme de la série pour relancer l’intérêt. Mal maitrisé, le rythme est beaucoup trop lent avec des scènes d’émotions bien trop longues et des passages où il ne se passe rien. Outre les quelques histoires secondaires, le scénario principal n’avance pas assez vite et plonge le spectateur dans une attente frustrante. Il est à noter aussi que certaines bonnes scènes sont ruinées par une mauvaise réplique ou ne sont pas exploitées par la suite. Enfin, bien que n’étant pas le centre du sujet, il est à noter la faible présence des zombies tout au long de cette saison. Tellement faible qu’un internaute a réussi à condenser toutes les mises à mort en à peine 1 minute. Pas terrible pour une série de zombies…
On peut toutefois chercher une explication à tous ces points négatifs dans la chronologie du tournage. Tout d’abord, au vu de la popularité du comic, AMC a énormément misé sur la sortie de la série, programmée d’ailleurs pour le soir d’Halloween. Cette attente s’est confirmée au fur et à mesure de la production avec un emballement des fans et des médias. De ce fait, le calendrier a du être extrêmement serré avec un démarrage du tournage en mai pour une diffusion fin octobre. Toute cette précipitation semble se retrouver aujourd’hui dans les incohérences et les imperfections de la série.
Peut être conscient du piètre travail fourni par ses scénaristes, Darabont a annoncé début décembre qu’il se séparait de l’intégralité de son équipe sans préciser néanmoins ses raisons. Kirkman et l’executive producer, Gale Anne Hurd, préciseront par la suite qu’il ne s’agissait pas d’un licenciement, mais qu’ils avaient (tous ?) d’autres projets à mener. Explication peu convaincante quand on sait que chaque épisode de la série a explosé les records d’audience d’AMC.
Il en ressort que cette première saison ressemble au final à un énorme pilot. Il nous reste plus qu’à attendre la saison 2 pour savoir si cette adaptation est un véritable échec ou si elle arrive à se ressaisir.
Afin d’éviter tout désagrément pour les lecteurs (ou futurs lecteurs) du comic, merci de ne pas spoiler sur le comic dans les commentaires et de vous en tenir à la série.





18 commentaires
Bon article. Rien à ajouter…
RépondreJe dois avouer qu’entre un copié/collé du comics et leurs délires scénaristiques je me serai largement contenté de la première solution.
Non, ce n’est pas une adaptatiuon du comic, c’est un viol sauvage, un meutre, un plagiat, un copié-collé moche… Kirkman a été fou pour se coller des sénaristes comme ça!
RépondreTrès bonne analyse !
RépondreÂ
Je rajouterais simplement que là où le metteur en scène prend son temps avec des plans interminables lors de scènes d’émotion, des cuts extrêmements frustrants sont faits lors de scènes essentielles pour cerner l’étendue du chaos (notamment lors des voyages sur route, en véhicule, où le cut suggère que tout se passe à merveille : aucun véhicule bloqué sur la route, aucun zombie, aucune panne…).
En tant que fan inconditionnel du comics j’attendais la serie avec impatience.. Quelle déception quand j’ai vu le massacre de ce bijou du genre zombie.. J’aurais eu honte à leur place..
RépondrePar ailleur, tres bonne analyse que cet article DIAM!
RépondreCe qui m’a le plus déçu, c’est les deux derniers épisodes… C’est digne d’un grand WTF. Qu’on dérive un peu du comic me parait normal, mais que ce soit aussi incohérent et loin de l’original…
Répondre“Rick, tu avais oublié une grenade dans ta poche de pantalon, alors je l’ai gardé dans mon sac à main, entre le rouge à lèvre et le porte monnaie.”
Pour rajouter sur le coté paradoxal des effets spéciaux (parfois les zombies sont bien faits, parfois c’est juste moi un lendemain de cuite), comment on peut faire des zombies cools parfois, des lieux aussi cool (le tank, Atlanta…) et à coté de ça, faire une explosion aussi moche et irréel… (Le centre de maladie machinchose)
L’atout du comic (entre autre, et selon moi) c’est ce coté réel, les situations sont du genre “j’aurais fait pareil!”…
Mais là , si on se dit “j’aurais fait pareil”, c’est un signe de maladie grave du cerveau.
Bref, lisez le comic! Lisez le comic! LISEZ LE COMIC!
Bonne analyse, j’y adhère dans l’ensemble. Et la conclusion n’en est que malheureusement vraie.
Répondrej’aimerai une vidéo où l’on montre toutes les incohérences du scénario comme l’arrivée au camp , à pied et sans avoir rencontré un zomblard!
RépondreÂ
on pourrait en faire une vidéo entière,et le personnage de carol qui ne fait que chialer c’a mexaspère
“tres bonne analyse que cet article DIAM!“
Non mais alors là , je décède.
RépondreTrès bon travail d’analyse !
Répondre“Il en ressort que cette première saison ressemble au final à un énorme pilot.”
RépondreCa résume mon sentiment également.
J’ai passé toute cette saison à me demander si j’étais satisfait ou pas. Là où certaines scènes sont sympathiques, d’autres sont franchement pitoyables. En fin de compte, les deux derniers épisodes (qui n’apportent objectivement rien à la série sinon une grosse explosion) m’ont moins aussi conforté dans mon opinion négative.
Bref, très dommage que l’on soit tombé dans le grand spectacle sans intérêt, j’espère un retour aux fondamentaux : les hommes parmi les zombies et contre eux-mêmes.
(D’ailleurs, il devient quoi Merle ? Il s’est envolé ?)
Moi qui ne connais pas la BD, j’ai pas mal apprécié cette première demi-saison, qui est surtout un galop d’essai. Hormis c’est vrai pas mal d’incohérences du scénario et plusieurs passages / comportements des personnages, comme dans toutes les séries américaines.
RépondreLa longueur, ou le calme, le vide de certaines scènes ne m’ont pas trop choqué, ça change justement des séries où tout se déroule à un rythme effréné, sans arrêt. Cela n’en faisait pas des scènes d’anthologie, mais ça offrait une ambiance différente.
L’absence relative de “gore” est bien aussi (il y a déjà assez de films pour ça), même si on se demande en effet parfois où sont les zombies (pas loin en fait).
C’est probablement une série qui cherche encore son rythme de croisière.
@bertrand lis la BD et tu comprendras la déception.
Répondreje viens de finir les 12 tomes et me demande si je regarderais la saison 2, peur d’être déçu après ce qu’offre la BD
Bonjour à tous,
Je suis assez d’accord avec Bertrand
Si l’on se place dans l’analyse d’une transcription stricto-senso de la BD, alors forcément cela ne peut que décevoir.
Maintenant, je ne connais pas beaucoup de films ou série ayant retranscrits fidèlement un livre ou une série de BD. Le subjectif est tellement présent.
Exemples : la série Spawn, les Franck Herbert, etc….
Globalement, j’ai trouvé la première saison très agréable à regarder.
Il y a juste un arrière gout de « pilot », à confirmer sur la saison 2…
Â
RépondreJe n’ai jamais lus la BD mais j’ai apprécier cette série (qui est l’une des seuls d’ailleurs…car niveau série avec des zombies on dépasse pas la dizaine), j’ai d’ailleurs remarquer le fait que dans Atlanta les zombies essaient de grimper à l’échelle (mais avec retenus), ensuite le fait qu’ils puissent attraper des objets m’a choquer mais au moins c’est original.
RépondreEt surtout de pouvoir trotter et monter au grillage alors là , c’est vraiment ridicule. Mais au fond c’est plutôt intéressant disons que c’est accrochant et que l’on veut connaître la suite.
Je finis par dire que je regarderai la saison 2.
Moi j’ai adoré les 2, bonne adaptation et pas une simple retranscription…bref, j’attends la suite
RépondreJ’ai l’impression que, généralement, les fans du comic sont déçus, ceux qui ne le lisent pas sont plutôt satisfaits. Personnellement, après avoir vu la première saison, j’ai été lire un peu le comic, et c’est ce dernier qui m’a déçu. Peut-être qu’il ne s’agit tout simplement pas du bon format pour moi…
RépondreQuoiqu’il en soit, j’ai trouvé le scénario pas vraiment désagréable, bien au contraire. J’ignore s’il s’agit du fait que chaque épisode a eu son scénariste différent, mais chacun possède une ambiance propre, cela évite de s’ennuyer en faisant du surplace. On reste relativement réaliste en évitant les débilités que l’on a pu voir dans le film Resident Evil, 4e du nom (je prends le premier qui me viens en tête)…
“Réaliste ?” Bon, okay, il y a quelques défauts, certes (notamment le changement de comportement des zombies, qu’on peut ne pas remarquer. Faut dire que je suis habitué aux zombies lents du type “RE”, ou aux rapides comme dans les “28 jours/semaines plus tard”…) M’enfin bon, tout comme les humains, il doit bien y avoir différentes caractéristiques physiologiques pour chaque zombie, modifiant son comportement, sa vitesse de compréhension, etc. Mais en général, on évite les actions défiant les lois de la physique.
Certains préfèrent les bains de sang, jusqu’à regretter n’avoir vu pratiquement aucun zombie dans le final de cette première saison, mais d’un autre point de vue, un peu d’explications & d’avancement sur la trame de l’histoire ne fait pas de mal (c’est totalement subjectif), l’histoire du labo où sont menées des expériences avancées est un classique, plutôt bien repris ici.
Quoiqu’il en soit, il ne sert à rien de partir avec le comic en tête. Vu que les lecteurs se basent sur quelque chose d’existant, ils seront forcément toujours déçus. Pour une fois que l’on a une série sur du survival-horror qui peut se prolonger à long terme, autant partir avec une table rase dessus…
On peut difficilement faire table rase quand on fait une adaptation, ou alors on ne fait pas une adaptation.
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