Tokyo Zombie
Autant le dire tout de suite, ce manga ne conviendra pas à tout le monde. Écrit en 1999 par Yusaku Hanakuma, il a connu un joli succès critique au Japon et a fait l’objet d’une adaptation en film, sorti au Japon en 2005. C’est donc 10 ans après sa parution qu’on peut le lire en version française, grâce à l’éditeur IMHO. Cette édition est d’ailleurs de très bonne qualité : le papier est épais, aucune faute n’est à signaler et la qualité de l’impression est exemplaire.
Mais ce qui saute aux yeux immédiatement après avoir ouvert le livre, c’est le dessin. Basé sur le mouvement heta uma, représenté par un trait volontairement maladroit. C’est un parti pris, les proportions sont étranges, le trait crayonné est grossier, le tout n’est pour ainsi dire pas détaillé et c’est très étrange d’aspect. Le dessin est d’ailleurs tellement bizarre qu’on ne peut pas objectivement le critiquer, en bien ou en mal. Il y en a qui adorent, d’autres qui détestent absolument, à vous de juger.

Le scénario fait partie de cette même bizarrerie qui habite le livre :
“Fujio et Mitsuo, deux ouvriers, n’ont qu’un seul rêve : devenir des champions de jiu-jitsu, un art martial qu’ils pratiquent jour et nuit, y compris pendant leurs heures de travail. Mais leurs rêves s’écroulent quand ils tuent accidentellement leur insupportable patron et partent l’enterrer sur le Fuji Noir, une montagne d’ordures contaminée par des tonnes de déchets plus toxiques les uns que les autres. Un mélange plutôt explosif qui finit par donner naissance à une armée de zombies affamés de chair fraîche qui déferle sur Tokyo. Un combat sans merci commence entre les deux survivants et les assaillants, un combat qui tourne court et voit les deux amis séparés à jamais. Quelques années plus tard, une nouvelle société post-apocalyptique tente de survivre. Pour le meilleur et pour le pire.”
Le manga est donc séparé en deux parties, la première où l’invasion commence et la seconde où une toute nouvelle société est instaurée, il n’y a aucune partie de l’histoire qui sert de transition.
L’auteur base tout son récit sur le loufoque, l’humour noir et le bizarre. Quand les personnages se réapprovisionnent dans un supermarché, c’est pour prendre de l’eau, du flan et des chips. Quand les zombies arrivent, tout ce qu’ils trouvent à faire est de s’entraîner au jiu-jitsu. Lors d’une des séquences de fin, on a droit à une invasion de porcs en furie juste après qu’un garde fasse du porc-surfing. Et nombreux sont les exemples du même type.
La première partie très second degré et absurde contraste néanmoins avec la deuxième, beaucoup plus “sage”, notamment du fait de la présence d’une légère critique sociale, qui commence avec la disparition de Mitsuo.
Dans la nouvelle société forgée après l’apocalypse zombie les plus démunis sont réduits à l’esclavage et exploités par les plus riches, à l’abri dans un immeuble protégé par un corps armé. Même si cette trame de fond n’est pas des plus développée, elle a le mérite d’être très crue et gorgée de cynisme et d’humour noir. Dans cet univers sans télévision, sans radio, ni sans aucune forme de divertissement, des combats à mort sont organisés dans une arène afin de divertir la population. C’est aussi le moyen de se débarrasser des rebelles ou des esclaves en fin de vie. C’est donc là qu’intervient Fujio, devenu l’image du lutteur invaincu au sommet de son art, centre d’intérêt de tous les spectateurs qui attendent de le voir tomber.
Je n’en détaillerais pas plus sur la fin du livre, mais la structure même de l’histoire, très classique dans le fond aujourd’hui, devait être assez novatrice à l’époque. Et curieusement, le développement du scénario m’a fortement rappelé Land of the Dead de Romero, qui en reprend les événements pour les arranger à une sauce plus zombiesque et moins loufoque. En dire plus dévoilerait l’intrigue mais ce constat m’est apparu d’autant plus clair après relecture du livre.
A qui se destine cet ouvrage ? A ceux qui veulent découvrir un classique du manga japonais et qui ne buteront pas sur le dessin très spécial. Néanmoins, si vous n’aimez pas les mangas, ce n’est clairement pas Tokyo Zombie qui vous fera changer d’avis.
Tokyo Zombie
Editeur : Editions IMHO
Dessin : Yusaku Hanakuma
Scénario : Yusaku Hanakuma
Sortie le : 26 novembre 2010
160 / 12€ / Site officiel







