Cellulaire
La culture zombie s’est avant tout constituée via des films et plus récemment par les jeux vidéo mais la littérature reste assez peu pourvue en la matière. Bien que les étagères des bibliothèques se garnissent tranquillement de livres du genre, on peut être étonné de noter l’absence de grands noms. Forcément, quand Stephen King, un des maîtres de l’angoisse, du fantastique et de l’horreur, propose son humble contribution, on est curieux de voir ce que cela peut donner.
On ne présente plus Stephen King. Voilà plus de 30 ans que les livres de l’écrivain originaire du Maine hantent nos nuits. Même sans en avoir jamais lu, vous devez forcément connaître ses histoires via les nombreuses adaptations réalisées pour le cinéma ou la télévision. On peut citer entre autre : La ligne verte et The Mist (d’un certain Frank Darabont), Ça (il est revenu), Dead Zone, Chambre 1408, Misery, et bien entendu Shining, le chef d’œuvre mise en scène par Kubrick. Mais voilà, l’auteur n’avait jamais pris le temps de s’intéresser aux zombies. C’est chose faite aujourd’hui grâce à son Cellulaire (Cell pour le titre original), paru en 2006.
Forcément, quand cet auteur décide de toucher au genre, il ne le fait pas de manière classique et propose sa propre version du mal. C’est encore une fois à Boston, ville de prédilection de King, que s’ouvre l’action. Clay Riddell, un jeune dessinateur de BD, anticonformiste et en proie à des problèmes matrimoniaux, se rend chez un éditeur pour signer un contrat après des années de galère. Lorsqu’il sort réjoui de son rendez-vous, il décide de prendre le temps de profiter d’une après-midi ensoleillée. Alors que Clay fait la queue tranquillement devant un glacier, une femme au téléphone en face de lui agresse violemment le vendeur. Au même moment, partout sur Terre, la même scène se produit. Cette “impulsion” – comme le surnomme les protagonistes du livre – plonge alors le monde dans le chaos en transformant les utilisateurs de téléphones portables en fous enragés. Clay, dépourvu de mobile, réussit à fuir et trouve refuge dans un hôtel où il fait la rencontre de ses futurs compagnons de galère : Alice, une jeune ado totalement perdue et Tom, un quinqua gay solitaire. Ils décident alors de s’unir pour survivre et se bâtir une nouvelle vie dans ce monde qui s’effondre.
Avec une introduction proche des grands films hollywoodiens, Stephen King tranche avec son style habituel et marque clairement son envie de signer ici un roman très cinématographique. Le roman est d’ailleurs dédié à Matheson et Romero.
Laissant de coté les habituelles longues descriptions et le rythme lent, King mise sur un style plus simple et direct. De même, bien qu’un des éléments de son succès trouve son origine dans des descriptions de personnages humains permettant au lecteur une immersion dans le récit par identification, cette introspection est ici bien plus limitée. On en apprend certes beaucoup d’Alice, cette jeune adolescente perturbée par les évènements, mais rien sur Clay, qui reste le héros principal de l’œuvre. De même pour ce qui est du background et de l’intrigue, Cellulaire laisse peu de place à ces tableaux descriptifs. Toutefois, ce style plus direct nous livre tout de même nos doses d’horreur, d’angoisse, d’humour noir et de violence dont il est coutumier.
Pour aborder le délicat sujet des caractéristiques des zombies, King choisi de se rapprocher des infectés, comme dans 28 jours plus tard, voir des possédés du comic Crossed. D’ailleurs, l’oeuvre de King étant antérieure au comic, il semble fort que Cellulaire ait été une source d’inspiration. Dans le roman de King les zombies sont appelés “phoners” (“phonistes” dans la version française). Pris de crises de démence, ils deviennent extrêmement violent une fois le fatidique coup de téléphone reçu, massacrant alors tout être humain non “infecté”. Au fil des pages, on en découvre également un peu plus sur eux, notamment qu’ils sont organisés et ont leur propre mode de vie, notamment en matière d’hygiène ou encore dans leurs manières de se nourrir et d’interagir entre eux.
Pour Cellulaire, l’auteur s’inspire clairement de la filmographie zombie de ces 30 dernières années, tout en se permettant de pousser son récit un peu plus loin. Ce sont toutes ces petites choses qui nous manquent quand on reste sur sa faim lorsque le générique arrive. King répond à sa manière à ces questions. En fait, il s’inscrit dans cette nouvelle mouvance d’œuvres où les questions de survies ont pris le pas sur celle de simples fictions d’horreur avec des zombies.
Alors que la première partie de l’ouvrage sonne clairement comme un film de Romero où des survivants réagissent à court terme à l’arrivée des “zombies”, la seconde partie se veut plus axée sur les questions de survie dans un univers post-apocalyptique.
A l’instar d’un Walking Dead, King décide de donner plus de relief à son intrigue en poursuivant là où les films et les récits ont l’habitude de s’arrêter. Néanmoins, l’intrigue tend à s’essouffler, ne permettant pas à cette partie “survival” de se dégager suffisamment. King a par ailleurs fait le choix contestable d’établir un récit quotidien sans trouver le rythme adapté. Du coup, le lecteur est un peu perdu et on sent que le rythme s’épuise. Ce sentiment est aussi renforcé par le peu d’attachement que l’on a pour les personnages.
La conclusion de l’oeuvre se heurte également au défi d’un récit de survivants. Il est difficile de trouver une porte de sortie intéressante et King donne l’impression d’un travail bâclé ou en manque d’inspiration. Dommage car il y avait sans doute tous les éléments pour faire un final grandiose, digne des plus grands titres de King.
Néanmoins on appréciera le côté réaliste de son roman. Les personnages ne sont ni des tireurs d’élite, ni des super héros invincibles mais de simples êtres humains ordinaires. Un moyen pour nous lecteurs de se plonger plus facilement dans l’œuvre. L’approche de King se veut sociale, avec une analyse de la société à travers une fiction post-apocalyptique. L’auteur insiste sur les relations entre survivants, notamment la peur de l’autre qui pousse les survivants à se croiser sans oser s’aborder. Il décrit également les conséquences d’une société stoppée nette avec, par exemple, l’obligation de se déplacer à pied, les routes étant jonchées de voitures à l’abandon. Le roman est clairement pessimiste et on se rend vite compte que les être humains n’ont pas de place dans la nouvelle société composée par les “phoners”. King reprend dans son récit le thèmes de la normalité, de l’anormalité ainsi que la théorie de l’évolution Darwinienne. Dans cette optique, il rejoint complètement le roman de Matheson, I am a legend. King tente de dépasser l’idée originale. Mais de nombreux éléments sont en opposition avec l’intrigue du roman d’origine (le groupe, la fuite, ou la recherche d’être perdu par exemple), et qu’il est difficile de se mesurer à Matheson. On a l’impression que King n’a pas voulu l’utiliser comme simple référence, mais n’arrive pas à aller plus loin.
En résumé, l’auteur le plus connu de la S.F et de l’horreur ne signe pas ici son meilleur roman, mais Cellulaire reste un très bon titre passionnant à lire. Il plaira à coup sûr aux lecteurs de King, comme à nos lecteurs amateurs de zombies. Renouvelant quelque peu le genre, nous avons particulièrement apprécié l’originalité de la contamination et les caractéristiques de ces zombies. Peu après la sortie du livre, une rumeur annonçait une éventuelle adaptation au cinéma par le réalisateur d’Hostel, Eli Roth, mais aujourd’hui le projet est définitivement mis de côté faute de moyens.





5 commentaires
D’accord avec l’avis de Filo (nouveau dans la team ? =D)
RépondreCellulaire a été mon premier King, il a donc une place particulière dans mon coeur. J’ai beaucoup aimé à l’époque, malgré un final décevant. L’histoire était assez prenante, c’était une de mes premières confrontations avec le monde des zombies (Boston envahie, j’étais tout tremblant) et les rebondissements sont très forts, marquant vraiment un basculement vers un univers complètement désespéré.
A noter, fait que je considère exceptionnel maintenant que j’ai lu d’autres livres de King, que l’auteur (ô miracle !) ne nous assomme pas pendant la moitié du livre avec la vie du dernier clampin du fin fond du pays. C’est assez rare pour être souligné et encourager ceux qui (comme moi) ne supportent pas cet aspect interminable des livres de King. Les 100 premières pages sont les plus palpitantes !
Attention je spoile !
SPOIL : Les morts m’ont quand même bien marqué. Le directeur de l’hôtel (oublié le nom, ca fait un moment ^^) et surtout la mort d’Alice, sa lente agonie qui m’a juste plombé le moral… Je trouvais le personnage très attachant. J’en voulais presque à ce bon Stephen de l’avoir tuée :’(
Des passages également haletants (Boston qui part en cacahuètes, j’avais l’impression de déjà le voir sur grand écran !), le campus envahi de zombies, les hordes de réfugiés qui se méfient les uns des autres… Et le final. Oui, King ne savait pas comment il allait finir son bouquin, sinon par une retrouvaille Johnny/Clay. Vraiment dommage !
Bon livre en tout cas, bon Stephen King. Ca vaut pas Le Fléau, mais ca se lit tout seul.
Y a un film qui s’en ai deja inspiré, c’est The Signal…
RépondreSauf qu’a la place de se transformer en zombie il se transforme en psychopates, en plus sa a l’air d’etre un navet total…
@1 – Willy : wow mec tu spoiles à mort ! Mais oui, les longues descriptions de King peuvent être souvent barbantes. Moi j’aime assez, parfois ça prend une telle proportion qu’on se demande où il va. Mais parfois ça a du bon, comme dans the tommyknockers.
@2 – Antoinox : Je connais pas The Signal, mais je vais voir, sur Allociné il le présente comme l’adaptation du livre (O_o), j’en avais jamais entendu parler.
Répondre@2 – Antoinox :Non, The Signal n’est pas l’adaptation de King mais flirte avec un thème similaire. Et c’est pas un navet, sans être un bon film non plus. Trois réalisateurs ont chacun fait un segment du film, et le résultat est assez barré, entre humour trash et gore et film post-apocalyptique fauché. c’est loin d’être un chef d’oeuvre mais ça vaut le coup d’oeil.
RépondreTrès bon roman, comme tous les King (je suis fan), de là à parler de zombies… Le côté apocalypse, morts à tout va, on pourrait croire à du Romero (l’humour en moins), mais les “méchants” sont bels et bien vivants. Passé les 200 premières pages, on ne fait plus l’amalgame sans vouloir spoiler. (King est pourtant adepte de l’après-vie!)The Signal n’est pas l’adaptation de ce film, mais à une époque, une telle adaptation était prévue, je ne sais pas ce qu’il en est. (De toute façon, à part la ligne verte, les adaptations ne sont pas à la hauteur des livres, on ne peut pas retranscrire plus de 500 pages d’émotions en 3h de films)
Répondre