Retour sur ces parasites qui “zombifient” leurs victimes
Des articles de presse consacrés à la découverte de nouvelles espèces de parasites prenant le contrôle de leurs hôtes paraissent régulièrement. A chaque fois le mot “zombie” est associé pour bien faire peur à tout le monde et l’article nous le vend comme une nouvelle découverte spectaculaire et terrifiante alors que le processus est connu depuis bien longtemps.
Plutôt que de relayer sur le même ton stupéfait chaque nouvelle découverte de parasite, nous préférons, une bonne fois pour toute, dresser un panorama de cette prodigieuse technique mise en place par la nature.
Le concept est assez simple. Un parasite (ver, champignon, larve) intègre le corps d’un hôte et en modifie le comportement à son profit. Ainsi, le parasite peut avoir besoin d’un milieu particulier pour poursuivre sa croissance et l’hôte devient le vecteur lui permettant d’atteindre ce milieu. Ce milieu peut être un autre hôte ou un milieu naturel essentiel pour la suite de la croissance du parasite. Le parasite peut aussi utiliser l’hôte comme support pour se propager à plus grande échelle.
La finalité est assez classique mais le procédé utilisé est beaucoup plus original puisqu’il passe par la prise de contrôle partielle ou totale de l’hôte. Afin de réaliser ces prises de contrôle, le parasite utilise plusieurs systèmes. Ils peuvent consommer l’énergie de leur hôte, produire des hormones interférentes, troubler les neurotransmetteurs ou encore castrer leur hôte. En jouant avec ces différents leviers, le parasite modifie le comportement de l’hôte ou exploite une de ses facultés. Le but étant de pousser l’hôte à réaliser une action au profit de son parasite.
A l’instar des super héros, chaque parasite a développé une capacité spéciale à mettre en œuvre sur un hôte bien particulier, on vous propose un petit passage en revue par hôte :
- La mouche : un parasite pousse les mouches à abandonner le vol pour se mettre à marcher le plus haut possible. Une fois arrivé sur un point en hauteur, le parasite explose hors de la mouche et dissémine ses spores au gré du vent.
- Le poisson : les poissons Killis peuvent être contaminés par l’Euhaplorchis californiensis un parasite qui les pousse à nager en cercle à la surface de l’eau. L’objectif est qu’un oiseau de passage dévore le poisson afin que le parasite aille se loger dans l’intestin de l’oiseau.
- Le crabe : Un petit crustacé, le Sacculina Carcini, peut parasiter des crabes en prenant la place habituelle de la poche d’œufs d’un crabe femelle et en la stérilisant. Si l’hôte est un crabe mâle, le parasite pousse le crabe à agir comme une femelle. Le but est de conduire le crabe à pondre et à s’occuper des œufs du parasite comme s’il s’agissait de ses propres œufs.
- La chenille : certaines guêpes peuvent pondre à l’intérieur d’une chenille. Une fois que les larves sortent de l’hôte, ce dernier reste toutefois en vie et la chenille prend alors soins des cocons en les défendant.
- La sauterelle : pour le coup ça va devenir un peu plus crade. Un ver, le Hairworm modifie le comportement des sauterelles en les poussant à être très actives la nuit et à rechercher des sources de lumière. Or, c’est la nuit que les lacs brillent de mille feux en réfléchissant la lumière de la lune. Les sauterelles se précipitent donc dans l’eau. Une fois dans l’eau, le ver se déplie et sort du cul du pauvre insecte. Tellement classe qu’un site est dédié au parasite et qu’on a même une vidéo à vous montrer (en français ici) :
- La fourmi : plusieurs parasites semblent s’attaquer aux fourmis. On retrouve notamment des parasitages conduisant la fourmi à grimper en hauteur pour que les spores soient dispersés comme chez la mouche, mais aussi certains qui la pousseent plus particulièrement à se mettre en haut des brins d’herbes pour être avalée par des ruminants afin que le parasite se développe dans son système intestinal. Mais plus récemment les forêts thaïlandaise ont dévoilé un champignon parasite bien vicieux. Une fois installé dans l’hôte, le parasite grandi en le consommant de l’intérieur. Avant que l’hôte décède, le parasite contrôle la fourmi afin qu’elle aille s’accrocher avec ses mandibules sur une branche dans un milieu adapté pour le champignon. Alors, le champignon sort tout bonnement de la tête de la fourmi comme en atteste la magnifique vidéo embed juste en dessous. Par ailleurs, sachez que des scientifiques pensent que ces champignons-parasite existent depuis plus de 48 millions d’années.
- Le rat : un protiste, le Toxoplasma gondii, peut parasiter un rat afin que ce dernier se fasse attraper par un chat. Le parasite modifie le comportement du rat de deux manières, tout d’abord les rats sont moins méfiants mais surtout, ils sont désormais attirés par l’odeur de l’urine de chat (et uniquement de chat) alors que leur comportement naturel tend à les éloigner de cette marque de présence de leur principal prédateur.
Le but de tout ça est d’arriver à parasiter un chat, l’hôte final (qui à son tour peut nous refiler la Toxoplasmose).
Tous ces parasites sont associés au zombie via la définition initiale du culte vaudou où un sorcier prend le contrôle d’un humain après l’avoir empoisonné avec une potion spéciale. Nous sommes assez loin de l’image véhiculée de nos jours, à savoir des êtres sans conscience, morts ou vivants, que rien ne contrôle, si ce n’est des instincts primitifs.
Toutefois nous pouvons nous interroger sur une transposition de ces parasites à l’Homme. Pas de champignon manipulateur ? Pas de ver dégueulasse prêt à nous sortir du cul après nous avoir poussés à sauter dans l’eau ?
On vous rassure, pour l’instant aucun parasite ne semble capable de modifier notre comportement, du moins, à notre connaissance. Et notre connaissance sur le sujet reste très limitée.
Par contre, -les paranoïaques vont recommencer à avoir des démangeaisons- certains chercheurs se demandent si la Toxoplasmose n’aurait pas quelques légers effets sur nous comme nous pousser au suicide, devenir schizophrène ou avoir simplement des comportements dangereux. Sachant que prés de la moitié des êtres humains portent ce parasite, nous avons peut être ici notre porte d’entrée pour l’apocalypse zombies à venir.
Enfin en attendant rien n’est prouvé, vous pouvez donc reposer ce couteau et laisser votre chat ronronner sur votre clavier.
Sources :
- WAMU : Mind-Controlling Parasites And Their Zombies
- Listverse – 10 fascinating cases of mind control
PS : si vous avez repéré des erreurs scientifiques dans cette article, n’hésitez pas à nous les signaler. La biologie n’est pas du tout notre domaine de compétence habituel.




11 commentaires
Article super intéressant, pour le coup on sort des sentiers battus et c’est pas plus mal ! je serais curieux de connaitre le nombre de personnes qui liront l’article jusqu’à sa fin ^^
RépondreQuoi qu’il en soit merci pour ces éclaircissements et comme quoi, on a pas besoin de budget à la Michael Bay pour faire dans le spectaculaire : un ver dégueulasse et une pauvre sauterelle et hop, le tour est joué ^^
Merci Niam. Super news en tout cas.
RépondreAlors là chapeau, merci pour cet article enrichissant.
RépondreD’accord avec OldZombie, vraiment intéressant !
RépondrePas besoin de gros budgets mais de quelques dizaines de millions d’années seulement
Exactement Moon Ahah !
RépondreChapeau pour les vidéos aussi, le lire c’est une chose mais le voir s’en est une autre.
RépondreMerci pour l’article !
RépondreSuper article Niam !
RépondreJolies vidéos aussi, j’y ai laissé mon sandwich.
Mon chat est en train d’apprendre des techniques ninja en ce moment, vous croyez que c’est du au Toxoplasma gondii ?
Toxoplasma gondii ?
Répondreles paranoïaques vont recommencer à avoir des démangeaisons
C’est exactement ce que j’ai ressenti en lisant l’article, surtout au passage du champignon.
Enfin bref, très bon article
Répondre@10 – kitsue7 : Je t’avoue que je me suis pas mal gratté et que j’ai pas mal psychoté en écrivant l’article tout en me tapant les détails. Sans parler quand il a fallu aller chercher les vidéos. (d’ailleurs, un bébé sous toxo, c’est vraiment pas super beau à voir)
@all : Content de voir que l’article a plu à tout le monde
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