Interview d’Olivier Peru et Sophian Cholet

A l’occasion d’une séance de dédicace à la Fnac St Lazare de Paris organisée pour la sortie du tome 2 de la bd Zombies, nous avons rencontré Olivier Peru et Sophian Cholet, respectivement scénariste et dessinateur de la saga.
Un an après la sortie du premier tome, nous les retrouvons donc pour discuter du succès de La divine comédie, de ce nouveau tome et de la suite de la saga.
__ _____ __
TuezLesTous.com : Quel a été l’accueil du premier tome de la part des critiques et du public ?
Sophian : Les retours ont été très bons. C’est toujours difficile à dire car ça fait prétentieux, mais ça s’est très bien passé. J’ai tourné en France de septembre de l’année dernière à janvier pour des séances de dédicaces et soutenir ce premier tome et je n’ai eu que de très bons retours.
Olivier : C’est la même chose de mon coté. On a aussi eu que de bons retours dans les magazines ou sur internet, à part une mauvaise critique sur je ne sais plus quel site, mais à part ça, que de bonnes choses. On est donc plutôt content.
TuezLesTous.com : Succès d’estime donc, mais succès commercial aussi ?
Olivier : A l’origine Soleil a réalisé un tirage modeste du premier tome qui est du coup vite tombé en rupture de stock chez les libraires. Ca nous a d’ailleurs peut être aidé indirectement. Notre éditeur s’est rendu compte qu’il avait loupé le coche sur cette sortie et il s’est bien rattrapé ensuite. Aujourd’hui le premier tome a été réimprimé quatre fois en un an avec environ 12.000 exemplaires de vendus. Pour une première BD, qui plus est de zombies, c’est carrément bien.
TuezLesTous.com : Ce second tome s’est fait un peu attendre, quelle a été la raison ?
Sophian : Le retard est de ma faute. D’une part, à cause des nombreuses dédicaces que j’ai faites, ça a retardé le démarrage du tome 2. Ensuite, chaque album demande beaucoup de travail et nous voulions que ce second tome soit à la hauteur des attentes suscitées par le tome précédent.
TuezLesTous.com : Justement, combien de temps te faut-il pour réaliser une page ?
Sophian : Il m’a fallu un an pour réaliser ce second tome. Au début, je me faisais plaisir en prenant mon temps pour me remettre dans le bain. Au démarrage, je mettais une semaine pour réaliser une page, puis vers la fin, avec des journées de 15 heures de boulot, je bouclais une page en trois jours environ.
Il faut dire qu’il y a pas mal de travail. Olivier me décrit des scènes très détaillées et ensuite, je dois coucher ça sur papier. Certains passages du tome 2 sont d’ailleurs très denses comme vous pouvez le constater.
TuezLesTous.com : Comment passes-tu des descriptions d’Olivier au dessin ?
Sophian : Olivier me décrit ce que je dois dessiner et ensuite je couche ça sur papier en ajoutant des détails et des décors. Comme je n’ai pas pu aller me déplacer sur place pour faire des repérages, je fais des recherches sur internet ou dans des bouquins. L’essentiel est de trouver l’esprit de l’architecture de la ville. Il faut être crédible, mais on n’a pas besoin de reproduire à l’identique les rues de Seattle. J’utilise quelques points de repères emblématiques et si une scène se déroule à un endroit vraiment précis, je me base sur des photos des lieux. Sinon, pour les autres scènes, comme dans un bâtiment, ça a moins d’importance.
TuezLesTous.com : Ce second tome est beaucoup moins cynique que le précédent. Nous avons été étonnés par le ton donné. Quelle idée voulez-vous faire passer ?
Olivier : On vient tout juste d’avoir cette discussion avec d’autres lecteurs, c’est un point qui revient souvent avec ce tome 2. Peut-être que l’optimisme apparent de ce tome là, que je ne trouve pourtant pas si joyeux, est dû au fait que nous préparons le troisième opus qui sera, lui, un vrai massacre. Petit conseil à ce titre, ne vous attachez pas trop aux personnages *rires*.
Le point de vue que nous défendons est avant tout celui de la crédibilité. Habituellement, les œuvres de zombies mettent en scènes des gens se dépassant en bien ou en mal et des humains qui tirent sur d’autres humains. Je peux concevoir ce genre de chose quand on est dans une hystérie de masse, avec la peur de la contagion, etc. Mais quand on est un groupe de survivants, un groupe qui chercher à reformer un semblant de civilisation, on écarte les déments ou les gens trop dangereux. On revient à une sorte de code de vie simpliste et expéditif et on aide ceux qui le méritent.
C’est dans cette même optique réaliste que j’ai voulu travailler avec le groupe de soldats qu’on découvre dans ce second tome. J’ai voulu sortir les militaires de l’image habituelle qu’on leur donne dans les œuvres zombies. Nos hommes ne sont donc pas une bande d’idiots qui ne pensent qu’à tuer et violer quiconque croise leur chemin.
Qui plus est, tous les personnages qui survivent jusque là ont été des enfoirés à un moment. Les gens “biens” n’ont pas survécu car ils ont voulu sauver leurs proches et se sont fait mordre. Ceux qui survivent et tiennent le coup ont, selon mon point de vue, une propension à vouloir rattraper leur faute initiale. Il faut dire qu’en pleine fin du monde, soit tu te suicides, soit tu œuvres pour reconstruire quelque chose. Et puis, je crois aussi qu’un être humain peut racheter la connerie de beaucoup d’autres, peut-être que c’est ça, l’optimisme.

TuezLesTous.com : On peut reprocher à ce second tome d’être très dense et d’avoir un découpage des fois un peu compliqué. Est-ce lié à des contraintes particulières ?
Olivier : On voulait faire un bouquin dense, on avait plein de choses à raconter et on a même fait des coupes dans le scénario. On voulait finir à un endroit précis dans l’histoire pour mieux la relancer ensuite. Par contre, nous ne sommes pas limités par le nombre de pages.
Dans le premier tome, on a voulu séduire les gens avec un univers et des personnages. On a donc travaillé cet aspect pour accrocher nos lecteurs. Dans le second tome, on se devait d’en dire plus, d’où un récit plus dense. Tout en sachant également que l’on prépare le terrain pour le dernier tome !
L’histoire de ce troisième tome est d’ailleurs déjà écrite entièrement, on sait exactement sur quoi ça va se finir, on a même la case de fin déjà en tête.
Nous avons choisi de travailler sur une trilogie très cohérente et par la suite, on prévoit de développer des cycles supplémentaires. On sait quel personnage on va reprendre et on a déjà les principales idées qui vont nourrir la suite.
TuezLesTous.com : Pour des prochains cycles, on sait que vous envisagez de porter Zombies sur le continent Européen, qu’en est-il ?
Olivier : Dans le troisième tome il y a une grosse surprise sur ce qu’il s’est passé dans le reste du monde et le second cycle montrera comment d’autres groupes ont survécu. Mais ça ne se passera pas en France car je ne trouve pas le pays assez “sexy” pour mettre en scène une histoire de zombies telle que la nôtre.

TuezLesTous.com : Comment choisissez-vous les titres des albums ?
Olivier : On les choisit par rapport à d’autres livres qu’on a pu aimer et dont le sujet trouve une certaine résonnance avec notre histoire. Et puis, c’est sympa de donner un titre d’œuvre classique à chaque tome, ça cultive le zombie.
Le tome 0 qui arrive bientôt s’intitulera La mort et le mourant, comme le poème de La Fontaine.
TuezLesTous.com : En parlant du tome 0, il y a un changement de dessinateur. Pourquoi ?
Sophian : Simplement parce qu’Olivier écrit beaucoup plus vite que je ne dessine. Si je pouvais dessiner aussi vite, je le ferais, mais là je ne peux pas faire le tome 2, le 3 et le 0, donc c’est uniquement pour des problèmes de temps.
Olivier : Il était aussi question qu’on travaille sur un one shot intitulé Mystical Lake, mais on a finalement mis ce projet de côté pour rester concentrés sur la série.
TuezLesTous.com : Sophian, tu nous as dit lors de l’interview précédente que tu étais allé chez Soleil avec un projet de BD intitulé Dévoré. Bien que le projet n’ait pas été retenu, peux-tu nous dire qu’elle était l’histoire de ce projet ?
Sophian : Dévoré était un projet que je venais proposer aux éditeurs pour montrer mes compétences de dessinateur. Je proposais un one shot avec une histoire de zombies, complètement différente de ce que nous faisons actuellement.
L’histoire se passait dans les années 80 alors qu’apparaissait une grande contagion due à une variété de ver solitaire mutant qui poussait les gens à être cannibales.
Olivier : On l’a échappé belle ! Y’avait pas une histoire de champignons hallucinogènes ?
Sophian : Si, le héros était contaminé et il mangeait des champignons hallucinogènes pour calmer ses pulsions cannibales. Par ailleurs, il était à la recherche de sa sœur mais il découvrait plus tard qu’il l’avait dévorée quand il était jeune. Mais comme les champignons lui faisaient perdre la mémoire, il recommençait à chaque fois à chercher sa sœur, ça lui donnait une raison de vivre, comme dans le film Memento.
Du coup, on m’a dit que c’était sympa, mais qu’ils allaient plutôt faire appel à un vrai scénariste… *rires*.
TuezLesTous.com : La saga Zombies vous a t’elle ouvert des portes ? Des opportunités ?
Sophian : Je n’arrête pas de recevoir des propositions d’histoires de zombies. C’est gentil, mais je fais déjà Zombies donc c’est suffisant.
Olivier : J’ai déjà pas mal d’activités donc ça ne m’a pas forcément ouvert d’autres opportunités. Ceci dit, une boite de prod avec laquelle je travaille avait commencé à réfléchir à l’idée d’une série télé à partir de notre premier tome. Mais c’était au moment du lancement de la saison 1 de Walking Dead, donc on a laissé tomber.
On a aussi évoqué un dessin animé, on a fait des essais, mais c’est dur de monter des dessins animés en France. Faire un jeu vidéo aussi pourrait être marrant.
TuezLesTous.com : Vous n’avez pas peur d’être enfermés dans la case “zombie” ?
Olivier : Moi personnellement, non, car je travaille sur des tas de supports et de thèmes différents. Par contre, Sophian c’est autre chose. On se disait justement qu’il fallait qu’il se diversifie ensuite. Mais en tant que dessinateur c’est plus difficile et plus long.
Sophian : C’est ma première BD publiée et c’est sûr qu’à terme, et dès que je dégagerais du temps, j’aimerais en profiter pour sortir d’autres projets. Et pourquoi pas poursuivre avec Olivier car on travaille bien ensemble.
__ _____ __
On remercie à nouveau Olivier et Sophian pour nous avoir consacré une partie de leur temps et on vous rappelle que les deux premiers tomes de Zombies sont toujours disponibles en librairie.
Lire la chronique du premier tome, La divine comédie.
Lire la chronique du second tome, De la brièveté de la vie.
Lire notre première interview.
Interview réalisée le 7 octobre 2011.





2 commentaires
bonne interview.
RépondreJ’ai hâte pour le tome 3 !!!