La trilogie Zombie Story
Avec un titre aussi aguicheur, Zombie Story est une trilogie qui pourrait tenter plus d’un amateur du genre. D’abord publiés sur internet, puis édités en version papier, les trois tomes de la série, respectivement appelés Monster Island (2006), Monster Nation (2006) et Monster Planet (2007) en version originale, sont sortis en France en 2010 sous les noms suivants : Zombie Island, Zombie Nation et Zombie Planet, de quoi attirer le chaland !
Mais les mieux informés – qui auront eu la curiosité de se renseigner sur les “antécédents” de l’auteur, David Wellington – auront peut-être été plus frileux à se lancer dans l’aventure.
Et pour cause ! Il se trouve que ce dernier, avant de se lancer dans Zombie Story, fût le bienheureux créateur d’une trilogie appelée Vampire Story…
Quoi que vaillent ces ouvrages, on est sérieusement en droit de s’interroger sur les motivations de cet écrivain. Surfant déjà sur la vague de la mode “vampire”, il se prend ensuite de passion pour les zombies, comme par hasard.
Néanmoins, il aurait été dommage de se laisser influencer par des préjugés hâtifs sur l’oeuvre de Wellington. C’est pourquoi nous avons pris le risque de nous y frotter. Mais pas de chance pour nous, ça pique et ça fait plutôt mal.
Il était une fois la fin du monde
Les trois volets de Zombie Story traitent d’une même apocalypse zombie, mais ceux-ci ne s’ancrent pas dans le même cadre spatio-temporel. Ainsi, nous ne retrouvons pas toujours les mêmes personnages ou les mêmes lieux d’un roman à l’autre.
Le premier volet se déroule donc quelques mois après l’apocalypse zombie et raconte l’histoire de Dekalb, un américain anciennement employé aux Nations Unies, qui a trouvé refuge chez une tribu de femmes guerrières en Somalie. Soumis au bon vouloir de ces femmes, il est envoyé en mission à New York pour trouver des médicaments précieux pour le clan, bien que sur place les zombies règnent en maîtres. C’est dans ces conditions déjà difficiles que se manifeste Gary, un médecin ingénieux devenu immortel grâce à ses connaissances scientifiques. Ce mort-vivant au cerveau et à la conscience intacts, s’avère un ennemi très dangereux pour le groupe de Dekalb.
Le deuxième tome nous renvoie au tout début de l’apocalypse. On suit Bannerman Clark, un capitaine de la Garde nationale américaine qui a pour mission de trouver l’origine et surtout d’empêcher la propagation de ce que tout le monde pense être une maladie qui transforme les gens en fous cannibales. Durant ses investigations, il apprend l’existence d’une adolescente nommée Nilla qui est atteinte par la maladie mais qui ne présente pas le même comportement irrationnel que les autres. Nilla parle et dispose de l’incroyable capacité de se rendre invisible. Soupçonnant la jeune fille d’être le patiente zéro, Bannerman décide qu’il doit la capturer coûte que coûte pour découvrir la vérité.
Enfin, le tome 3 fait une ellipse de 16 ans par rapport au premier tome. De retour dans la tribu des femmes somaliennes, nous suivons désormais Sarah, la fille de Dekalb. La jeune fille se lance dans le sauvetage d’Ayann, sa protectrice, enlevée par l’armée de zombies du Tsarévich, le plus puissant des morts-vivants. Régnant en maître sur presque toute la planète, la créature domine non seulement les morts-vivants, mais aussi les humains. Prête à tout pour délivrer Ayann, Sarah se lance dans un combat à l’issue plus qu’incertaine.
Morts-vivants Story
C’est donc ici que les vrais connaisseurs de la culture zombie se lèvent pour crier au scandale.
Pour rappel, un zombie est un humain mort ou vivant, qui est privé de conscience. Un mort-vivant, est quant à lui un être décédé revenu à la vie. Il est donc exact que souvent, les zombies sont des morts-vivants. Mais attention à ne pas faire de confusions car tous les morts-vivants ne sont pas des zombies puisque par définition, un zombie n’a pas de conscience. Or, dans Zombie Story, plus les pages se tournent, plus on s’intéresse à des créatures morts-vivantes considérées comme supérieures aux zombies car elles ont une conscience. Ainsi, liches, momies, fantômes et autres monstres indéterminés deviennent rapidement des éléments centraux de l’histoire, relayant les zombies à des rôles de figuration. A ce titre, le tome 3 remporte la palme puisque les zombies sont quasi absents.
Ce n’est qu’une fois arrivé à la fin de la trilogie, qu’on constate que ce qu’on a lu n’était pas du tout une histoire de zombies mais le récit de la mise en oeuvre de l’apocalypse par les morts-vivants pour décimer l’humanité.
Et c’est bien là que le bât blesse car même si l’intrigue s’était avérée passionnante (ce qui n’est pas vraiment le cas), ce livre resterait une imposture dans le genre “zombie”. Les fans purs et durs qui cherchent du bon vieux zombie lobotomisé auront du mal à prendre leur pied en lisant Zombie Story. D’autant plus que la trilogie ne s’inscrit pas du tout dans le genre “survival horror” mais plutôt dans la science-fiction. Les morts-vivants mutent pour devenir des monstruosités, ils communiquent entre eux à des milliers de kilomètres, et surtout (au cas où vous auriez cru mal lire la première fois) ils peuvent devenir invisibles ! Pour finir, les zombies leurs servent soit d’armée docile, soit d’énergie pour se régénérer. Alors que les tomes 1 et 2 glissent déjà dangereusement vers la gue-guerre entre morts-vivants, le dernier tome marque l’apothéose de la guerre des étoiles version outre-tombe.
La seule réjouissance que l’on peut avoir face à cette ignominie, c’est que malgré son titre mensongeur, l’oeuvre de Wellington fait bien la distinction entre les zombies, les liches et les autres morts-vivants. Cela permet donc aux personnes non averties de ne pas mélanger les torchons et les serviettes.
Un background original mais mal exploité
Bien que décevant pour un livre dit de “zombies”, Zombie Story n’est pas dénué de certaines qualités, notamment au niveau de la toile de fond du premier tome qui se tient assez bien.
Wellington propose une approche originale (quoi qu’un peu réductrice) de la survie face à l’apocalypse zombie en partant du principe que les peuples des pays pauvres sont plus aptes à survivre à ce type de catastrophe que ceux des pays riches. Étant familiarisées au contexte de guerre ou de famine, les populations les plus modestes sont mieux préparées à lutter pour leur survie. On regrette que Wellington n’ait pas choisi de développer cet aspect qui aurait pu apporter de la profondeur au récit, à condition bien sûr de ne pas tomber dans la caricature. Alors que le deuxième tome de la trilogie fait un saut en arrière pour revenir sur les débuts de l’invasion, il aurait pu être intéressant de faire un autre volet sur la survie des peuples pauvres. Au lieu de cela, l’intrigue se concentre presque exclusivement sur une bataille vivants vs morts-vivants qui laisse complétement de côté l’aspect survie.
Un des autres choix intéressants de l’auteur consiste à mettre en scène une tribu de femmes au pouvoir. S’inspirant sûrement du mythe de l’amazone, ce livre apporte un peu de nouveauté dans la littérature post-apocalyptique qui présente très rarement la femme comme une potentielle guerrière survivante. Au vu de la thématique choisie et de sa richesse potentielle, on s’attend à ce qu’il en émerge des pistes de réflexions intéressantes. Mais une fois encore, le sujet n’est qu’effleuré et n’apporte aucun traitement de fond. C’est d’ailleurs très flagrant dans le premier tome car les femmes n’ont que des rôles secondaires.
Il en va de même avec la thématique de la religion qui est touchée du bout des doigts à plusieurs reprises (notamment parce que ce groupe de somaliennes est issu d’une culture très pieuse), mais sans jamais aller au bout des choses. Leur croyance est-elle un facteur important dans leur capacité à survivre ? Aucune réponse n’est apportée sur le sujet par David Wellington.
On finit par en conclure que les choix narratifs de l’auteur sont des artifices pour donner un semblant d’envergure à l’oeuvre. D’ailleurs, comme beaucoup de romans américains, le côté chauvin reprend rapidement le dessus sur le reste. En effet, une fois que le personnage principal est arrivé outre-atlantique, l’Afrique et la Somalie sont assez vite mis de côté au profit de la belle Amérique. C’est ainsi qu’après 50 pages, on sombre rapidement dans le déjà-vu. Il faudra ensuite attendre le tome 3 pour que le cadre géographique se diversifie à nouveau, puisqu’une partie de l’intrigue se déroule en Russie.

David Wellington
L’imagination ne fait pas l’écrivain
Enfin, il n’est pas possible de clore cette critique sans évoquer la lourdeur, la maladresse et la platitude de la prose de David Wellington. Certes notre analyse s’appuie sur la version française du livre, ce qui peut être trompeur car toutes les traductions ne se valent pas. Néanmoins, il semble peu probable que le manque de fluidité de l’écriture soit seulement due à une traduction approximative.
Quoi qu’il en soit, Zombie Story est dans l’ensemble un livre pénible à lire, surtout si on aime les choses bien écrites. Il n’y a rien de plus agaçant que d’être obligé de relire un paragraphe pour s’assurer qu’on a bien compris de quoi l’on cause. Malheureusement, c’est trop souvent le cas, par exemple avec des dialogues où l’auteur ne rappelle jamais qui parle. On se retrouve alors avec un enchaînement de “il” ou de “lui” tout à fait indéterminés qui embrouille l’esprit et nuis considérablement au plaisir de la lecture.
Une autre caractéristique très irritante de ce livre est sa tendance à tout faire traîner en longueur. De cette façon, David Wellington parvient à rendre insupportable des passages qui par ailleurs auraient pu être intéressants. Le tome 2 de la trilogie en est particulièrement représentatif, car même si dans le fond il est certainement le plus riche des trois volets, dans la forme, il est de loin le plus ennuyeux. Malgré que Nilla, la jeune fille morte-vivante, soit en fuite constante pour échapper à Bannerman, le récit ne parvient pas à provoquer la tension attendue chez le lecteur. D’ailleurs, si l’on éprouve peu d’émotion à la lecture de Zombie Story c’est aussi parce que les personnages sont insipides. Seule Ayaan sort un peu du lot (tome 3) par son comportement imprévisible.
Finalement, Zombie Story est une trilogie à l’image de ces personnages : fade.
Fan de zombies, de survival horror ou de bonne littérature vous pouvez passer votre chemin sans aucun regret car cette trilogie ne s’adresse pas à vous. D’ailleurs, pas sûr qu’elle s’adresse à qui que ce soit, à moins d’aimer le style X-Men version macchabées. Quoi que là encore, vous pouvez toujours vous rabattre sur la série Marvel Zombies Return à laquelle David Wellington a contribué et qui aura au moins l’avantage d’être colorée.
Le monsieur ferait peut-être mieux de se recycler en scénariste. Avec un grand coup de balai sur tous les passages inutiles ou trop délirants, on pourrait presque obtenir un film SF sympa. Par ailleurs, s’il pouvait aussi arrêter la littérature “zombie”, ça nous rendrait vraiment service.
Zombie Story (Trilogie)
Titre original : A Zombie Novel
de David WellingtonTome 1 – Zombie Island (Monster Island)
Tome 2 – Zombie Nation (Monster Nation)
Tome 3 – Zombie Planet (Monster Planet)Édité par Milady
Aux USA : 2006/2007
En France : 2010





10 commentaires
Je ne peux que plussoyer cette critique… Je n’ai moi-même pas été capable de passer le cap des 50 pages.
RépondreDommage !
Bonjour,
.
RépondreAutant je suis d’accord pour dire que cette trilogie ne plaira pas à tout le monde (je suis fan de zombi, j’ai bien aimé le 1er tome, le 2e est space et le 3e est plus que space), autant je ne suis pas d’accord pour flinguer David Wellington et son style. Il reprend les mythes, les déforme et ça peut plaire. Il l’a fait pour les vampires (qui sont bien loin de dracula), pour les “zombi” (qui ont des super-pouvoirs o_O) et pour les loup-garou (1 tome aux USA)
Clairement, comme il est dit, il rédige petite partie par petite partie sur son blog et suit -plus ou moins- l’avis des lecteurs (ou en tout cas, voit ce qui marche ou non). Ceci donne obligatoirement beaucoup d’actions (même si parfois un peu lente) mais aussi un fil de lecture un peu “décousu”. C’est à prendre ou à laisser, perso, j’aime beaucoup le style. Comme je les lis en anglais, je ne peux pas juger de la traduction. Néanmoins, son style d’écriture ne me gène pas dans sa langue
Par contre, clairement, les fans de zombis vont être déçus par la trilogie zombi, les fans de vampire par celle des vampires, etc.
Enfin, la trilogie (qui n’en est plus une, un 4e bouquin est sortie au USA et cela risque d’être une double trilogie) vampire m’a énormément plus étrangement et je la conseillerais plus que celle des morts-vivants.
Ai’ même pas fini le tome 2 (pourtant je m’étais forcée). C’est un peu dommage pour tout les adorateurs de zombies ~x~
Répondre+1 à cette critique +_+.
Pas mieux, ou plutôt “ou pas”.
RépondreAutant le 1° tome peut se lire sans être trop exigeant, autant les suivants deviennent une véritable torture pour l’humble amateur de chairs putréfiées que je suis.
Des zonzons doués de conscience, qui pensent, le tout saupoudré d’une histoire de Druide immortel! Beurk !!!!!!! N’est pas Graham Masterton qui veut!
On est vraiment tout proche du Bit Lit! Horreur!
Aux chiottes la trilogie!
C’est un peu dommage comme article… OK, la trilogie ne parle plus vraiment de zombie a la fin, mais l’histoire en elle même est assez intéressante.
RépondreLe 1er tome fait la différence, après c’est sur que ça se diversifie un peu trop. Ce que je veux dire, c’est que la série n’est pas non plus abominable, ça se laisse lire sans être le roman du siècle quoi…
Et sinon, Marvel Zombie c’est très bien =D
moi j’ai aimé les trois…
RépondreLe probleme des livres , c’est pas le sujet ou la maniere de le traiter .. c’est juste qu’il sont globalement mauvais , et mal ecrits
RépondreOn sent bien le coté ” faisons une serie de bouquin avec un theme qui marche pour s’en mettre plein les poches ” .
@2 – Shiki : Il est probable que la version blog/anglais soit meilleure que la version bouquin/français. C’est bien ça le problème, pourquoi passer à un format qui ne se prête pas du tout au style de l’oeuvre originale ? (à part pour faire de l’argent peut-être ?).
Notre critique aurait sûrement été plus indulgente si Wellington s’était contenté de publier sur son blog. Le format livre est en théorie un gage de qualité. Là, c’est à se demander si l’éditeur a vraiment lu les bouquins ou s’il s’est simplement contenté de penser : zombie = fortune = on publie
@5 – AC : Au-delà du fait que Zombie Story ne soit pas vraiment un bouquin de zombies, et comme le souligne très bien Netsplit, le problème vient surtout du fait que c’est très mal écrit, et ça personne ne peut le nier. Quiconque qui a lu quelques livres dans sa vie s’en rendra compte.
Ce manque de talent dans l’écriture gâche tout, et en particulier les bonnes choses (car oui, il y a des bonnes choses, cette chronique n’est pas que négative
Quant à Marvel Zombies, je suis d’accord, ça se lit très bien (bien mieux que Zombie Story ah ah)
RépondreIl y a une belle faute : “c’est là que le bât blesse” et non “bas”. L’expression vient d’”âne bâté”.
Répondreblesse” et non “bas”. L’expression vient d’”âne bâté”.
@9 – mugen : C’est corrigé, merci
RépondrePoster un commentaire