Les Faucheurs sont les Anges

Aux États-Unis, il n’est pas rare de voir des auteurs amateurs réussir à faire publier leurs oeuvres. On se retrouve alors avec des livres aux styles régulièrement maladroits et parfois déplaisants. Avec Les Faucheurs sont les Anges la donne est différence puisque le roman n’est pas issu d’internet, son auteur, Joshua Gaylord (aka Alden Bell), étant professeur d’anglais et de littérature à The New School, une université new-yorkaise. Sa formation académique lui a-t-elle permis de surpasser la masse des écrivains blogueurs qui inondent le marché avec leur littérature de gare ?
Temple a quinze ans et n’a jamais connu le monde d’avant les zombies. Affronter la mort pour survivre est pour elle ce qu’il y a de plus normal. Peu lui importe qu’il existe des endroits où la civilisation renaît, elle préfère rester seule et vivre librement plutôt que d’être enfermée dans un lieu sécurisé où sa vie n’aurait plus aucun sens. Elle parcourt donc les États-Unis et survit tant bien que mal. La jeune fille s’est réfugiée dans un phare depuis quelques temps mais doit très vite le quitter, les zombies, les “sacs à viande” comme elle les appelle, ayant fait leur apparition. Temple se lance alors à nouveau sur la route mais ne tarde pas à croiser un groupe de survivants au sein duquel elle commet l’irréparable en assassinant un membre du groupe. Elle doit alors fuir, Moïse Todd, le frère de l’homme assassiné, s’étant juré de la tuer. Dans sa fuite, elle rencontrera de nombreuses personnes avec qui elle se liera d’amitié ou contre lesquelles elle devra se battre, mais toujours avec ce sentiment : Moïse n’est pas loin.
Même si le pitch avait tout pour donner un road trip intéressant,
autant le dire tout de suite, Les Faucheurs sont les Anges cumule tout ce qui rend un livre de zombie agaçant.
Tout d’abord, l’héroïne est particulièrement antipathique. Elle prend de haut toutes les personnes qu’elle croise et se montre particulièrement arrogante. De plus, on parvient difficilement à croire en son personnage tant elle manie bien la machette et semble lire à cœur ouvert en chacun comme un dieu omniscient. Certes on nous explique, qu’elle n’a pas eu d’éducation, qu’elle a longtemps vécu en solitaire, mais passées quelques pages ses répliques et son comportement vis-à-vis des autres agacent déjà, tant l’auteur est tombé dans la caricature la plus totale. Malgré tout, l’auteur tente de montrer que son personnage reste au fond une fillette fragile. Mais il se sert alors de la grosse ficelle du passé douloureux, au cours duquel elle aurait perdu les personnes qui comptaient pour elle dans des circonstances tragiques. On a connu plus inspiré pour expliquer les tumultes psychologiques d’un personnage. On se retrouve donc avec un personnage odieux et caricatural pour héroïne.
Ensuite, ce roman est une insulte au réalisme et donnerait des frissons à la plupart des amateurs de survie. Alors qu’un quart de siècle s’est écoulé depuis l’arrivée des morts, Temple trouve facilement une voiture avec de l’essence et une batterie en état de marche et lorsqu’elle tombe en panne, elle trouve sans peine les outils adéquats et répare tout ça sans le moindre mal. Pire encore, Temple n’a qu’à se rendre dans n’importe quelle station service pour faire le plein d’essence et de provisions, même lorsque des milliers de survivants sont installés à quelques kilomètre. Non mais franchement…
De même, les relations entre Temple et les survivants qu’elle rencontre sont dénuées de tout réalisme. Ceux-ci ne représentent jamais une menace pour elle, la saluent, s’arrêtent pour lui demander si tout va bien. A croire que seuls les bons samaritains ont survécus à l’apocalypse.
Toutes ses incohérences sont, de plus, noyées dans une intrigue qui n’est qu’un enchaînement de situations prévisibles. Si Goshua Gaylord essaie plusieurs fois de nous surprendre c’est à chaque fois l’échec le plus total tant on voit venir ce qui arrive. Et quand arrive l’imprévisible on se demande bien ce qu’il a pris pour écrire son livre. En effet, l’auteur a jugé bon d’insérer dans son roman des géants mutants aux origines obscures et qui n’apportent strictement rien à l’histoire. Faut-il y voir une allégorie frelatée du côté monstrueux de l’homme ou simplement un artifice médiocre pour tenter d’égayer l’histoire ? Bref, pitoyable…
Pour finir, l’élément le plus dérangeant du livre est clairement son style. Même s’il est difficile de juger à partir d’une traduction, Goshua Gaylord semble faire partie de ces auteurs qui croient que pour faire de la bonne littérature il faut forcément ponctuer son récit de figures de styles et d’images navrantes. Malheureusement, il y a une différence entre trouver une image poétique et régurgiter n’importe quoi sous prétexte de vouloir faire dans le subtil et le féérique. Dans certaines pages, la surenchère est telle qu’on a l’impression que l’auteur a perdu complètement le fil de son récit. De plus, le traducteur a fait fi d’une règle primordiale pour la bonne tenue d’un récit : la présence de tirets lors des dialogues. On se retrouve donc avec un roman au style particulièrement lourd où les dialogues ne sont pas annoncés correctement, ce qui rend la lecture parfois hasardeuse.
Mais au milieu de cet océan de médiocrité demeure néanmoins quelque îlots abandonnés qui peuvent mériter de s’y attarder. On retiendra notamment la relation qui se tisse tout au long du roman entre l’héroïne et son poursuivant. Ces passages restant d’ailleurs les plus poignants et les plus dramatiques, le reste n’étant qu’une vaste fumisterie sans intérêt
Les Faucheurs sont les Anges est donc loin d’égaler la multitude des bons titres du genre. Epargnez-vous ce genre de lecture sans intérêt et portez plutôt votre attention sur les œuvres vraiment originales, cohérentes et bien écrites, même si cela vous oblige à en lire en VO. Va falloir arrêter de publier les daubes qui ternissent le genre.
Titre : Les Faucheurs sont les Anges
Auteurs : Alden Bell (Goshua Gaylord)
Date de sortie française : Mai 2012
Publié aux éditions Bragelonne
Langue originale : anglais
Titre : Les Faucheurs sont les Anges




12 commentaires
BIM !
RépondreMerci pour cette chronique. Je me disais qu’il aurait été intéressant de citer certains passages du bouquin pour illustrer le propos, et pour se faire une idée du style.
RépondreBien rude comme chronique, je l’ai lu sans vraiment m’attendre à quelque chose de flamboyant mais j’ai pourtant été agréablement surpris. L’apocalypse zombie n’est qu’un faire-valoir aux pérégrinations de l’héroïne et c’est bien dommage si vous êtes fan du genre, mais le tout est plutôt bien mené, j’ai trouvé au contraire que les relations avec les autres survivants étaient un peu plus originales que le traditionnel “chacun pour sa peau”/”kill at first sight” sans pour autant relâcher la pression : après tout, après 15 ans d’apocalypse, on pourrait s’attendre à ce que les choses se soient un peu calmées.
RépondreLes seules faiblesses à mon goût sont effectivement la traduction/mise en page des dialogues qui laissent parfois dubitatifs et l’aspect survie moyen (essence/voitures/bouffe dans les magasins à foison malgré le fait que l’apocalypse ait commencée depuis 15 ans).
Bref, personnellement j’ai trouvé ce bouquin bien sympathique et je pense qu’il pourra vous plaire aussi si vous n’êtes pas trop attachés à l’aspect survie hardcore que l’on pourrait attendre d’un livre sur la thématique zombie.
@2 – Mugen : Si tu as l’occasion d’aller en librairie, la première page aura vite fait de te faire comprendre ahahaha !
Répondre@3 – jagen : L’apocalypse a commencé il y a 25 ans même ! C’est dire si c’est insupportable de lire des crétineries pareilles sur la survie.
Par rapport à la relation avec les survivants, je suis d’accord pour dire qu’on peut comprendre qu’elle croise des gens sympas mais de là à ce qu’ils soient tous ses potes, il ne faut pas exagérer. Ses seuls vrais ennemis (et encore !) sont dans tout le roman, les mutants à la mord-moi-le-noeud et comme je le dis dans la chronique, il me semble que c’est une pseudo-image poétique du côté monstrueux de l’homme… mais c’est tellement mal amené et inutile d’être passé par un tel artifice.
Après c’est sûr le bouquin se lit… mais bon y’a tellement mieux à lire que c’est pas la peine de s’attarder sur ce truc.
Je suis en train de le lire en ce moment même et quelle bonne surprise de le voir sur le site ! Bon encore une fois je vous trouve très dur, effectivement l’aspect de survie est très limité mais je trouve que le personnage de Temple est vraiment intéressant de part son incroyable innocence dans un tel monde.
RépondreAprès on est effectivement loin de la grande littérature mais je préfère déjà ce format à celui de World War Z.
Salut Squeletor,
Répondrecomme tu l’avais dit sur le forum, tu n’es pas tendre avec ce livre. Malgré tout, je continue de penser que ce livre est agréable à lire. Je rejoins l’avis de Jagen sur le coté différent des classiques “survivre à tout prix”. Il faut penser que l’action se situe 25 ans après l’apocalypse. Il y a en effet plusieurs incohérences que tu cites mais qu’est devenu le monde au bout de tout ce temps ? L’auteur nous propose une autre vision que la traditionnelle lutte pour la survie où les bandes de pillards façon Mad Max font la loi partout.
A priori, les avis sur ce livre sont plutôt partagés. C’est le signe qu’il n’est peut être pas si mauvais que çà je pense.
Merci pour la critique, je n’étais pas chaud pour l’acheter, là au moins je suis fixé.
RépondreDans le genre post-apo, nouvelle espèce dominante, thématiques de survie et de la reconstruction d’une civilisation basée sur les cendres de la notre, je vous conseille fortement :
LE PASSAGE de Justin Cronin.
C’est pas du Z (enfin presque pas!) mais c’est assez jouissif.
Attention “petit lecteur” s’abstenir. Le premier bouquin sur la trilogie prévue, dépasse les 1000 pages. C’est un peu long à démarrer, mais le style de l’auteur est assez prenant, très proche d’un Stephen King des années 80.
Les thématiques de l’histoire sont suffisamment proches, voir identiques à celles des amateurs de Z. et c’est largement au dessus de ce que j’ai pu lire sur le thème depuis WWZ.
D’autant que je viens d’apprendre que la suite est prévue (en vo) d’ici la fin de l’année. J’en salive d’avance.
La critique est sévère.
RépondreDéjà, je ne sais pas ce que vaut la traduction, mais en VO le style est très agréable au contraire. L’absence de marque pour introduire les dialogues participe grandement à la force de la narration, justement. Alors, oui, en français ça passe peut-être beaucoup moins bien.
Concernant le fond, maintenant, là je suis plutôt d’accord : attention amis lecteurs, nous ne sommes pas ici en présence d’un roman de survie en territoire zombie. Clairement. La partie survie est complètement passée sous silence. En fait, ce bouquin utilise un background post-apocalyptique à base de zombies pour raconter le roadtrip d’une survivante qui n’a jamais connu le monde d’avant. C’est ça qui est intéressant, quelque part : elle évolue dans sa normalité à elle, sans peur, sans amertûme. Les gens qu’elle croise ont des réactions différentes, les uns refusent le monde tel qu’il est, les autres baissent les bras, etc.
Personnellement, j’ai passé un très bon moment avec ce livre. Je ne le conseillerais pas sans précaution à un dead-fan de zombie, qui risquerait d’en attendre autre chose… Vous êtes prévenus !
–
Buggy
je l ai lu, il est vraiment nul…
RépondreCe livre ici ne pouvait être que mal perçu puisque le but de votre site est de parler de Zombie or Les faucheurs sont les anges n’est pas fait pour ça , les passages Zombie sont très rare et ne sont là que pour poser le décor …..( j’ai quand même réussi a faire lire ce livre a des gens qui déteste l lecture si vous croyez que je leur ai donner ça parce qu’il était lourd et incompréhensible niveau dialogue vous devait vraiment être des analphabetes
Répondre@10 – paddle : Oui nous sommes des analphabètes et, en plus, nous ne connaissons par la ligne éditoriale de notre propre site (ni même le sujet dont nous parlons).
.
RépondreChacun sait que le zombie est, dans presque la quasi totalité des oeuvres zombies, un simple PRETEXTE pour parler d’Hommes et de sentiments humains. Avec Les faucheurs sont les anges, c’est clairement le cas et le point de départ : suivre une gamine qui n’a rien connu d’autre que ce monde post-apocalyptique, était intéressant, mais si c’est pour nous dresser une liste de portraits psychologiques vraiment simplets et enchainer les figures de style à la mords-moi-le-noeud… y’a d’autres lectures plus intéressantes que ce bouquin.
Je savais que ma chronique, et plus généralement ce livre, diviseraient. Si vous cherchez un truc gnangnan qui ne va pas trop loin dans la réflexion, alors ce livre est fait pour vous. Si vous voulez quelque chose qui table sur une vraie évolution psychologique des personnages, sur une analyse réelle d’une telle situation (désolé, mais un quart de siècle après l’apocalypse je ne pense pas trouver du coca-glaçon…) alors passez votre chemin. Mais bon, après tout, ce n’est que l’humble avis d’un analphabète
Bon je vais retourner à mon alphabet, en commençant étrangement par la lettre Z.
@Paddle : c’est toujours très ironique de se faire traiter d’analphabètes par quelqu’un qui n’est pas capable d’écrire deux lignes sans faire une faute et respecter un minimum les règles de ponctuation.
Répondre