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Petite Philosophie du Zombie

Le zombie fait partie de notre imaginaire depuis si longtemps que l’on a souvent l’impression de tout connaître sur le sujet. Or, avec une popularité grandissante, le sujet intéresse des domaines qui jusqu’ici l’ignoraient. C’est le cas notamment de la philosophie. Le thème a bien sûr déjà intéressé les sociologues, notamment depuis que Romero aurait introduit une soi-disant réflexion profonde sur nos sociétés occidentales. Le zombie “politique” ou “social” est donc un sujet à la mode qui permet à n’importe qui de débiter des lieux communs en feignant une vision acérée sur notre monde. Mais laissons là ces biens vils et stériles enfonçages de portes ouvertes pour nous intéresser à l’ouvrage de Maxime Coulombe intitulé Petite Philosophie du Zombie, ou comment penser par l’horreur.

Au vu du sujet et des habitudes du genre, on pourrait croire aux premiers abords que l’ouvrage est une sorte de parodie oscillant entre sérieux et dérision, à l’image du Guide de Survie de Max Brooks. Cependant, sa publication aux Presses Universitaires de France et le CV de son auteur laissaient présager un fond sérieux qui se confirme dès les premières pages.
Maxime Coulombe tente de décrypter cette image populaire par le biais de la philosophie. En bon universitaire il construit sa propre analyse en s’appuyant sur les réflexions des grands auteurs des siècles passés (Freud, Kant, etc). Les concepts employés sont par ailleurs assez bien résumés pour permettre à tout à chacun de suivre les raisonnements, ce qui évite de rendre l’ouvrage trop obscur pour les non initiés (autant dire la majorité des gens). Bien que particulièrement intéressant, l’exercice risque toutefois d’égarer en chemin les plus jeunes ou les moins attentifs.

Dans son ouvrage, Maxime Coulombe envisage le zombie comme un outil qui nous permet de comprendre notre monde. Toutefois, les différentes facettes de cet outil ont mis du temps à se façonner. Maxime Coulombe parle alors de sédimentation, où chaque époque apporte une couche supplémentaire. En partant de ce postulat, l’étude se structure en s’appuyant sur les différents temps de la mythologie zombie : le zombie vaudou, le zombie façon Romero et les infectés modernes.
Cette décomposition permet à l’auteur de dégager trois thématiques qui dévoilent les nombreuses facettes du sujet. La première thématique traite du zombie comme un “double” de l’être humain. Il est une émanation de l’homme mais il s’en diffère car il apparaît comme diminué. Agissant comme un miroir déformant, il inquiète ou provoque de l’empathie. La seconde thématique envisage le zombie comme un élément de refoulement, notamment parce qu’il incarne la mort, notre fragilité et l’abject. Enfin, la dernière thématique aborde le sujet du zombie comme vecteur apocalyptique mettant en lumière notre recherche de frisson dans ce vertige de la fin des temps. Cette mise en scène de notre mort sociétale peut également nous servir à mieux l’aborder, voir à nous déculpabiliser. Bien évidemment, l’ouvrage rentre plus intensément dans les détails, prenant le temps de justifier et d’analyser ces différentes réflexions. Maxime Coulombe décortique en profondeur la multitude de sentiments que cette seule image fantasmagorique porte en elle.

Maxime Coulombe utilise ainsi le zombie pour rentrer au coeur de notre imaginaire collectif et comprendre plus largement comment l’horreur permet de penser la société. On découvre ainsi nos zombies d’une autre façon, comme “déshabillés”.

Cet ouvrage, atypique du fait de la rareté de ce genre d’initiative, est à conseiller aux amateurs du genre cherchant à comprendre le sens caché de l’image du zombie, à condition d’être prêt à passer de l’autre coté du miroir. Ce court voyage d’une centaine de pages dévoilera forcément au passage une partie des raisons qui vous font aimer les zombies, mettant à nu vos propres peurs.

Biographie de l’auteur
Sociologue et historien de l’art Maxime Coulombe est né à Québec (Canada), en 1978. Après des études en histoire, ses recherches doctorales l’amènent à s’intéresser à l’art comme analyseur de la culture occidentale contemporaine. Publiée sous le titre Imaginer le posthumain : sociologie de l’art et archéologie d’un vertige (Québec, Presses de l?Université Laval, 2009) sa thèse aborde, par le biais de l’art contemporain, les fantasmes technoscientifiques de dépassement de la condition humaine (posthumanité). Depuis 2006, il est professeur d’arts actuels à l’Université Laval (Québec). Il poursuit des recherches portant sur le statut de l’image et de l’art dans la culture occidentale actuelle.

Auteur de Le monde sans fin des jeux vidéo (Puf, 2010)

Petite Philosophie du Zombie

De Maxime Coulombe, auteur canadien
Édité par les éditions Presses Universitaires de France
Collection La Nature Humaine

Publié le 19 septembre 2012
13 € – 128 pages
ISBN : 978-2-13-058940-2

4 commentaires

  1. 1.Tétris

    Merci, tout ça donne sacrément envie !

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  2. 2.Gribbsie

    Excellent article ! Pour un livre qui ne l’est pas moins.

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  3. 3.Phenix

    Merci pour cet article, en effet ça donne bien envie de le lire!
     
    Par contre, je vous conseille d’ajouter un petit lien d’affiliation Amazon dans la description du livre. J’ai déjà acheté 3 bouquins grâce à des bonnes critiques sur ce site et à chaque fois j’aurai été heureux d’aider un peu l’équipe du site par une petite commission!
    (je vais attendre un peu avant d’acheter celui-là… ;) )

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  4. 4.NIAM

    @Phenix : c’est gentil de penser à nous aider, cependant par “conviction” on ne souhaite pas monétiser le site avec de la pub. Donc profitez-en gratuitement, ça nous fait plaisir :D

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